Une maison détruite par l’armée israélienne… et reconstruite grâce à vous ?

Dans les territoires occupés, sous contrôle de l’armée israélienne, il est très difficile ou disons quasi impossible aux Palestiniens d’obtenir des permis de construire pour de nouvelles maisons. A noter que les colonies israéliennes, elles, ne connaissent pas du tout ce problème…

Face au refus quasi systématique, construire malgré tout !
Les raisons invoquées pour justifier un refus sont presque toujours les mêmes. Les nouvelles constructions seraient trop proches des colonies israéliennes, d’une installation militaire, d’une route réservée aux colons ou du mur de sécurité. Une autre justification tombe aussi parfois, simple et limpide : raison de sécurité. En fait, il ne reste souvent qu’une seule option aux Palestiniens s’ils ne veulent pas se trouver sans domicile : construire sans autorisation sur leur terrain. La construction d’une maison est presque toujours une affaire de famille. Tous les proches y participent et la durée des travaux peut prendre parfois des années. Tout dépend de l’argent à disposition.
Chaque année, l’armée décrète que des maisons sont illégales et elle annonce des avis de démolition. Voici l’histoire d’une famille que j’ai pu visiter l’un des derniers jours de mon séjour à Bethléem. C’est une situation assez typique d’une démolition de maison et ce n’est pas du tout une exception.

Une destruction de maison qui n’attend pas le jugement du tribunal
Ce matin-là, nous prenons la route pour visiter la famille de Walid Ahour qui habite un village au sud de Bethléem. Depuis la démolition de sa maison par l’armée israélienne le 31 mars 2005, ce Palestinien habite avec sa famille dans la maison de son frère. Il nous accueille devant un tas de gravats qui, autrefois, constituait sa maison. Avec l’aide de notre traducteur, Marvan, il nous raconte ce qui lui est arrivé à lui et à sa famille.
Un jour, il a reçu de l’armée un avis de démolition pour sa maison. Raison invoquée : le terrain où la maison est construite, se trouve sur le tracé du futur mur de séparation. Walid prend un avocat, ce qui lui coûte 500 Dollars. Il obtient une audience auprès d’un tribunal israélien pour le 24 mars 2005. Une deuxième séance est programmée le 31 mars à 9h. L’armée israélienne n’a jamais attendu cette deuxième séance. Le 31 mars 2005 à 8h, elle arrive avec tout le matériel nécessaire pour la démolition. Ce matin-là, Abir, la femme de Walid, enceinte dans son neuvième mois, est seule à la maison. Les soldats lui expliquent qu’elle doit sortir tout le mobilier, sinon tout sera démoli avec la maison. Abir explique aux soldats qu’elle ne peut pas jouer les déménageurs vu sa grossesse. Rien à faire : un ordre, c’est un ordre. En quelques heures, la maison est démolie et la jeune famille n’a plus de foyer. Bouleversée par ce qui lui arrive, Abir perd aussi le bébé qui devait naître quelques semaines plus tard. Après trois mois sous tente, la famille de Walid emménage chez un frère et sa famille. Depuis, elle partage la cuisine et occupe une chambre de la maison de ce frère.

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Walid et son épouse

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Reconstruire, un signe de résistance non violente !
Entre temps, la famille s’est agrandie. Il faut trouver une solution. Reconstruire la maison ? Oui, cette option est prise. C’est aussi une forme de résistance non violente ! Mais sans aide extérieure, cette famille est incapable d’assumer cette dépense, et ce d’autant qu’il y a encore les dettes de la construction de la maison détruite ! Le soutien viendra d’une ONG, le « Holy Land Trust » (www.holylandtrust.org) à Bethléem. Cette ONG organise cet été, du 1.8 au 14.8, un camp international pour la reconstruction de la maison de Walid, Abir et leurs enfants. Sur ce site, vous trouverez plus d’informations, un formulaire d’inscription ou la manière de participer financièrement à cette action. C’est une façon de montrer notre solidarité avec ces gens qui souffrent depuis des années de l’injustice de ce conflit Israël/Palestine.
Une autre famille que j’ai visitée a vu sa maison détruite deux fois. Avec l’aide de ICAHD, l’« Israeli Organization Against House Demolition » (www.icahd.org), cette famille a pu la reconstruire pour la troisième fois l’été passé. Quel courage et quelle persévérance !

Rémond Graf

Un passage dans le mur appelé « check-point »

Je suis de retour depuis 10 jours. J’ai envie de vous fournir encore quelques informations sur mon travail sur place. Si dans votre cercle d’amis, dans votre association, dans votre église ou ailleurs, vous aimeriez m’inviter pour recevoir plus d’informations, je suis à disposition pour animer un temps de réflexion. Et ceci avec des photos prises pendant ces trois mois. Vous pouvez prendre contact avec moi : remond.graf (at) bluewin.ch ou au 022 367 16 86.

Dans le mur/clôture entre les territoires occupés et Israël, il y a quelques portes/check-points. Ces points de contrôle où ne passent que les Palestiniens munis d’un permis des autorités israéliennes et les étrangers dotés d’un passeport, seront, dans le futur (dès que le mur/clôture sera terminé), les seuls passages possibles. Il y a des check-points différents pour les véhicules, pour les marchandises, pour les agriculteurs et pour les piétons. Pour aller travailler en Israël, visiter de la parenté, voir un médecin spécialisé, étudier à l’université à Jérusalem… les Palestiniens ont tous besoin d’un sésame : le permis israélien. Sans cela, les portes du check-point ne s’ouvrent pas.

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Plus de 35 ans, marié avec enfants
Pour obtenir un permis de travail et donc un permis de passage, la plupart des travailleurs palestiniens doivent être âgés au minimum de 35 ans. Ils doivent être mariés et avoir des enfants. Remplir ces critères, selon Israël, présente un maximum de garanties pour qu’un terroriste potentiel ne figure pas parmi ces travailleurs. Ce permis est valable trois mois. Il est utilisable entre 5h et 19h. Une exception : les personnes qui travaillent dans les hôpitaux ou les hôtels peuvent franchir le passage 24 heures sur 24. La plupart de ces travailleurs ne franchissent le check-point que pour aller travailler dans la construction.
Le check-point de Bethléem (300), que l’on appelle aussi le check-point de Gilo, est ouvert 24 heures sur 24. Notre travail consistait à être présent 3 à 4 fois par semaine entre 4h45 et 8h. C’est durant ce temps-là que la plupart des 3000 travailleurs passent. Nous avions pour tâche de voir si tout fonctionnait « normalement ». A notre arrivée vers 4h45, environ 300 travailleurs attendaient déjà. Pour certains, depuis plus d’une heure !

45 minutes pour franchir le check-point
Pendant les trois mois passés sur place, j’ai pu observer que les heures d’ouverture n’étaient jamais sûres. Une fois sur deux, elles étaient retardées jusqu’à 20 minutes, et ce sans raison apparente ou à cause de l’arrivée tardive de l’équipe de soldats qui prenait la relève. Un Palestinien doit compter 45 minutes pour passer l’ensemble du check-point. C’est donc important d’arriver parmi les premiers le matin. Une arrivée en retard au travail peut avoir des conséquences graves : on peut perdre son emploi, donc son permis, ce qui entraîne un manque d’argent pour la famille.
Prenons le cas d’un Palestinien que j’appellerai Mahmoud et qui habite le village de Beit-Omar, à 20 km au sud de Bethléem. Il quitte sa maison tous les jours, sauf le vendredi et le samedi, vers 4h45. Il arrive au check-point vers 5h30 avec un taxi collectif. Là, quelque 600 personnes font déjà la queue. 25 minutes plus tard, il arrive au premier contrôle.

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 Il passe un tourniquet, qui s’ouvre sur l’ordre d’un soldat, une jeune femme ou un jeune homme entre 18 et 21 ans. Le soldat est assis dans une sorte de box blindé. Il s’assure que Mahmoud dispose de ce fameux permis, avant de le laisser passer plus loin. Après une centaine de mètres, notre travailleur fait de nouveau la queue devant un tourniquet pour arriver au portail de détection métallique.  

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 Les travailleurs mettent toutes leurs affaires dans un sac en plastique. Ils enlèvent leurs souliers et posent le tout sur le tapis roulant du scanner. Ils passent à leur tour le portail de détection métallique. Si la machine n’émet aucune sonnerie, alors tout est en ordre. Mais on peut oublier quelque chose dans ses poches et la machine sonne. Alors une voix vous demande par haut-parleur de repasser le portail. La voix vient d’un soldat installé lui aussi derrière une vitre blindée. Cette voix, déformée par les haut-parleurs, est très souvent agressive, vexante et d’une tonalité vraiment dégradante. L’image de l’abattoir m’est venue à l’esprit plusieurs fois pour caractériser cette situation. De l’avis de tout le monde, les femmes soldats ont, dans ces circonstances, les pires comportements. Il faut aussi préciser qu’il y a des soldats à ces check-points qui ont un comportement tout à fait correct. Ils saluent les gens et expliquent poliment ce qu’il importe de faire. J’aimerais ici leur dire merci ! Mais malheureusement ce n’est pas la majorité des soldats !

Un système pour « chicaner » les Palestiniens
Ce terminal, comme les Israéliens l’appellent, est supervisé par des gardes armées privées. Il semble que cela coûte moins cher que l’armée… Des vigies marchent sur des « cat-walk », des chemins à trois mètres du sol. Depuis là-haut et aussi grâce à toutes les caméras vidéos parsemées dans tout le bâtiment, chaque mouvement peut être surveillé. Pour un contrôle plus approfondi, des isoloirs sont à disposition, mais Mahmoud passe sans autre un nouveau tourniquet qui s’ouvre sur commande. Voilà, il arrive à l’ultime queue pour le contrôle de ses papiers et de son identité. Après le passage de sa carte magnétique et le scannage de sa main, l’ordinateur du soldat donne le feu vert. Tout est en ordre. Il peut filer et prendre son bus en direction de Jérusalem où il arrivera vers 6h45 aujourd’hui. Hier il est arrivé une demi-heure plus tard et demain ? Rien n’est jamais assuré.
Ce check-point, avec son contrôle de sécurité « un peu » comme dans un aéroport, est-il valable pour tout le monde et de la même façon ? Non, absolument pas ! Les touristes ou les personnes dotées d’un passeport étranger et n’ayant pas la double nationalité sont traités à 95 pour-cent différemment. Si le détecteur de métal sonne, nous montrons notre passeport et nous pouvons passer sans aucun autre contrôle. Ce qui montre bien que ce n’est pas un système de sécurité. Dans un vrai système de sécurité, comme je l’ai connu à l’aéroport, tout le monde, même le capitaine d’un avion, est contrôlé ! Il ne passe qu’une fois qu’il est 100 pour-cent « propre ». Alors qu’est-ce que c’est que ce système de check-points ? Des chicanes pour certaines personnes ? Les Palestiniens ? A vous de le dire !

Des rapports transmis à l’ONU
A chaque visite du check-point, nous établissions un rapport sur les ouvertures des différentes installations, sur les problèmes rencontrés, sur les incivilités des soldats, sur les refus, sur le nombre de personnes franchissant le passage… Nous mentionnions aussi les éléments positifs ! Ces informations sont transmises chaque semaine à un bureau des Nations unies (pour plus d’infos : www.ocha.org. Ce site vous donne un excellent aperçu de la situation dans les territoires occupés), au Comité International de la Croix-Rouge, à notre bureau à Jérusalem et à Machsom-watch (www.machsomwatch.org), une organisation israélienne qui ne peut observer que côté israélien, parce que le côté palestinien lui est interdit par une loi israélienne. Cette organisation regroupe des femmes israéliennes qui luttent contre ce système de check-points. Elles sont sur place tous les jours ouvrables et aident les travailleurs lors de refus de permis en les dirigeant vers les bonnes instances. Elles interviennent aussi auprès de leurs autorités pour changer, humaniser et accélérer le passage aux check-points. Leur travail bénévole est un bel exemple de ce que font certains Israéliens qui luttent contre les abus de l’Etat. Un Etat qui sous prétexte de sécurité permet presque tout.

Rémond

PS. Dans un prochain article, je parlerai de la démolition de maisons, sous prétexte de « sécurité ».

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Des cailloux contre des balles réelles

Le 27 février, les tirs répétés de roquettes depuis la bande de Gaza ont fait un mort côté israélien. La riposte de Tsahal, l’armée israélienne, a été sans merci et hors de proportion. Avec des moyens militaires ô combien supérieurs à l’arsenal palestinien, la réplique israélienne s’est fait lourdement sentir. En une semaine plus de 120 Palestiniens, parmi lesquels 20 enfants, et 3 Israéliens ont trouvé la mort. Suite à cela, le peuple palestinien, y compris les Palestiniens qui habitent en Israël, ont lancé une grève générale. Ces manifestations se sont déroulées pacifiquement. A plusieurs endroits, l’armée israélienne est intervenue pour les disperser en recourant à la force. Le lundi 3 mars, j’ai pu observer cette situation à Bethléem.

Avec deux reporters à la manif
Mon séjour ici en tant que volontaire du Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) est terminé. J’en ai profité encore quelques jours pour être totalement libre. Je me promène donc comme simple touriste. Ceci m’a permis de voir la situation de plus près lors de la manifestation à Bethléem. (La consigne du programme de EAPPI est de ne jamais mettre un volontaire dans une situation critique, donc de se retirer en cas d’intervention musclée de l’armée.)
J’ai donc accompagné deux reporters d’assez près, pour bien voir se qui se passait. Les lanceurs de cailloux avaient entre 10 et 22 ans. Les soldats entre 18 et 22. D’un côté les munitions, c’étaient des cailloux. De l’autre, des balles réelles, du gaz lacrymogène, des grenades sonores…

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Un « jeu » entre cailloux et balles réelles
Les véhicules des soldats israéliens restent à environ 30 ou 40 mètres de distance et peu de cailloux atteignent ces véhicules qui sont protégés contre ces tirs. Les jeunes lancent généralement en groupes et se retirent ensuite derrière les murs des maisons. Les soldats se protègent derrière les véhicules.
On a l’impression d’assister à un « jeu ». Les soldats se savent supérieurs. Ils prennent des photos avec leur appareil personnel et essaient d’inviter les jeunes à s’approcher plus près. Ils lancent des bombes lacrymogènes de temps en temps. Sans le moindre avertissement, un soldat a tiré soudain avec des munitions réelles. Il a atteint la jambe d’un lanceur. Les autres Palestiniens l’ont tout de suite évacué. Peu après, une ambulance qui n’était pas très loin, est arrivée et a évacué le blessé.

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Les jeunes palestiniens reviennent et cela continue. Soudain 4 ou 5 soldats sortent des véhicules. Ils courent en direction des lanceurs et disparaissent avec eux dans le camp de réfugiés. On entend des tirs et, 5 minutes plus tard, les soldats israéliens sont de retour dans leur véhicule. D’autres blessés côté palestinien sont évacués par une ambulance.

Des blessures qui handicapent pour la vie
Ce jour-là, il y a eu une dizaine de blessés côté palestinien. Ces blessures constitueront souvent des handicaps pour la vie. Si les blessures physiques sont en majorité côté palestinien, il y a aussi des blessures psychiques… Et cela certainement des deux côtés !
Que reste-t-il comme image ou comme souvenir dans l’esprit des participants à ce « jeu » qui peut se terminer de manière mortelle ? Que reste-il à un enfant palestinien qui a lancé des cailloux et qui a vu un soldat tirer sur lui ? Que reste-il à un soldat israélien qui a tiré sur un enfant qui lançait des pierres, et qui l’a peut-être blessé mortellement ? Tout cela s’incruste dans les mémoires… Qui ou qu’est-ce qui pourra les guérir ?
Après son service militaire de 3 ans, le soldat israélien partira certainement pour une année autour du monde, comme ils le font presque tous ! Il essaiera d’oublier par un moyen ou un autre. Y arrivera-t-il ? Le jeune palestinien partira peut-être aussi poursuivre ses études à l’étranger et restera loin de son pays. Oubliera-t-il ces moments-là ? Je suis convaincu qu’aucun n’oubliera ces années-là et j’espère pour eux qu’ils arriveront un jour à se pardonner et à se retrouver ensemble autour d’une table.

Aimer les Palestiniens autant que les Israéliens
Pour ma part, je n’oublierai certainement pas ces trois mois vécus ici en Israël/Palestine. A mon retour, je témoignera en faveur de ces deux peuples. L’évêque palestinien de nationalité israélienne, Elias Chacour, a dit lors d’une conférence il y a quelques années à Coppet : « Je vous demande d’aimer et d’aider mon peuple palestinien, mais en même temps je vous demande de ne pas oublier d’aimer mes frères et soeurs israéliens qui en ont aussi besoin. Il nous faut des gens qui créent des ponts et pas des gens qui renforcent l’un ou l’autre camp ».
Rémond Graf

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Yanoun, un village grignoté par les colons

Yanoun est un village situé à environ 15 km au sud-est de la grande et ancienne ville de Naplouse. A première vue, c’est un endroit très paisible, avec une vue splendide sur les alentours. La frontière avec la Jordanie est à une vingtaine de kilomètres et, depuis là, on aperçoit très clairement les montagnes jordaniennes.
Le haut et le bas du village sont séparés d’environ deux kilomètres et, actuellement, une centaine de personnes y habitent. Avant 2002, il y avait plus de monde ici. Mais c’est cette année-là que s’est arrêtée l’histoire de ce village un peu perdu et que personne ou presque ne connaissait.

Des colons aux pratiques musclées
Depuis 1996, des colonies illégales (selon les lois internationales, il est interdit à un Etat occupant d’installer sa propre population dans les territoires occupés) se sont installées sur les collines des alentours de Yanoun. Les colons proviennent le plus souvent de groupements religieux très extrémistes (une minorité en Israël, mais qui fait beaucoup de dégâts). Ils essaient par tous les moyens, destructions des oliviers, menaces verbales et physiques envers les habitants… de faire partir la population locale. Leur but est d’avoir les mains libres pour voler les terrains et faire grandir leurs colonies selon leurs vues.
Le sommet des violences a été atteint en 2002, lorsque les colons sont descendus armés (en fait ils se promènent toujours armés !) dans le village et lorsqu’ils ont tué des animaux et chassé la population. A la suite de l’intervention de la communauté internationale, un vrai soutien envers ces gens chassés de leurs maisons et de leurs terres s’est manifesté. Une nouvelle route a été aménagée, l’ancienne était interdite aux Palestiniens. Un nouveau générateur a été installé, l’ancien avait été incendié par les colons. Depuis 2003, il y a toujours une présence internationale sur place. La plupart du temps, il s’agit d’une équipe de nos volontaires du Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI), qui habitent sur place. C’est une présence quasi 24 heures sur 24. Grâce à cela, la plupart des habitants sont revenus et les agressions des colons ont diminué, mais nullement disparu.

Des soldats à la botte des colons
Normalement le jour du sabbat (notre samedi), ces colons font une promenade armée avec leurs fusils bien visibles en direction du village, pour montrer leur présence et par cela intimider la population. Que fait l’armée qui est censée protéger la population indigène ? Un des derniers samedis, un groupe de soldats se trouvait près du village en train de faire du café et de prendre un repas. Lorsqu’ils se sont aperçus que les colons descendaient en direction du village, ils ont préféré plier bagages. Ils ne voulaient pas de problèmes avec les colons. C’est assez souvent comme cela, parce que ce sont les colons qui dictent la loi aux militaires (1).
J’aimerais vous quitter avec quelques images qui montrent la très grande beauté de la nature par ici. Pour moi, c’est aussi très important de voir ces magnifiques paysages créés par Dieu et, à travers cela, de pouvoir recharger mes batteries. C’est comme dans une voiture, la batterie peut se décharger  sans qu’on s’en aperçoive… et tout à coup voilà la panne ! Je maintiens la mienne en forme et cela aussi grâce à tous les gens qui pensent ou prient pour moi… et qui n’oublient pas les Palestiniens.

Rémond Graf

Note
1. Vous trouverez ici plus d’informations sur le village de Yanoun : www.yanoun.org.

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A la découverte des Samaritains d’aujourd’hui

Qui est-ce qui ne connaît pas l’histoire du bon samaritain (Luc 10, 27-37) ? Quasi personne ! Qui sait que cette communauté a survécu jusqu’à aujourd’hui ? Sûrement peu de monde !
J’étais dans la région de Naplouse pour visiter et accompagner une autre équipe de nos volontaires du Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI), qui vivent à Yanoun. Avec Christopher, un médecin retraité de Londres (il est propriétaire de deux anciens bus londoniens à deux étages), nous avons décidé de visiter la communauté des Samaritains et de nous rendre à Kyriat Luza.

Accès interdit aux Palestiniens !
Après un trajet d’environ deux kilomètres depuis le centre de Naplouse, le taxi s’arrête devant un check-point. Il n’a pas le droit de continuer sur cette route. L’accès est interdit aux Palestiniens. Sauf dérogation, ces routes sont réservées aux colons et aux touristes. Aux touristes? Qui veut encore se promener dans les territoires occupés et attendre inutilement aux check-points ? Qui veut encore contourner les colonies sur des routes plus longues? En fait il y a encore quelques touristes alternatifs qui soutiennent de cette façon la population palestinienne. Il y a même un bureau du tourisme alternatif (www.atg.ps) ici à Beit Sahour, un village jouxtant Bethléem. Vous avez envie de faire un voyage un peu spécial ? Vous êtes le bienvenu et les Palestiniens sont très accueillants. Ils ont toujours du temps pour un thé ou un café. Essayez, vous aimerez !

Kyriat Luza, le centre de vie des Samaritains
Sans chauffeur… et donc sans taxi ! nous passons à pied le check-point. Il est surveillé par 3 jeunes soldats qui ont 3 ans de service à accomplir entre 18 et 21 ans. Visiblement, ils s’ennuient ici. Après un coup d’oeil dans nos passeports, ils nous laissent passer sans problèmes.

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Deux cents mètres plus loin, voilà le village de Kyriat Luza. Avant l’installation des colonies, c’était un endroit assez fréquenté. Maintenant c’est presque vide. Dans le restaurant du « Bon Samaritain », il n’y a aucun client. Au supermarché, il y a deux hommes qui discutent et dans un autre petit magasin nous sommes les deux seuls clients. Quelques enfants jouent dans la rue principale où il y a très peu de circulation.
Dans le petit musée samaritain, il y a un groupe d’étudiants de l’Université de Tel Aviv. Le directeur et fondateur de ce musée, Husney W. Kohen, nous guide avec beaucoup d’enthousiasme à travers l’histoire de son peuple. A la question de l’origine des Samaritains, il explique que leur arbre généalogique, à travers les différentes branches, remonte jusqu’à Adam. Etonnant!

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Une communauté forte de 700 membres
La communauté compte actuellement environ 700 membres. La moitié habite ici près du mont Garizim et l’autre à Holon, un faubourg de Tel Aviv. En 1971, la disparition n’était pas loin puisqu’on dénombrait environ 170 samaritains (Vous trouverez plus d’information sur le site :
www.samaritans-mu.com. Il n’est disponible qu’en anglais !).
Ensuite, nous explorons seuls les environs du mont Garizim, un endroit saint pour les Samaritains.

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Depuis ce point haut, la vue est généralement splendide. On peut apercevoir la mer. Aujourd’hui, on se dirait plutôt dans les Alpes, avec des nuages et beaucoup de vent. Quand je dit « on », ce n’est pas tout le monde ! Les Palestiniens ne sont pas concernés ! Pour eux, beaucoup d’endroits, surtout sur les collines, ne sont plus accessibles ! Sur presque tous ces points hauts sont installées des colonies, comme s’il y avait là une stratégie militaire pour mieux surveiller la région !
Nous prenons un des 5 taxis qui a accès au mont Garizim pour redescendre à Naplouse. Ensuite le chemin le plus court pour rentrer à Yanoun fait 15 kilomètres. Maintenant avec toutes les colonies et les routes spéciales qui ont été construites pour les desservir ainsi qu’avec les routes interdites, nous sommes obligés de faire plus de 30 km pour gagner Yanoun. De plus, il faut encore passer un autre check-point… à pied !
C’est une bonne façon pour que les personnes qui se déplacent un minimum, ratent leur cours à l’uni. C’est aussi une manière de ralentir l’économie, de détruire la nature…
Je ne suis pas Palestinien, mais je ne pense pas que j’aurais leur patience de toujours et encore m’adapter à ces nouvelles chicanes. Pour eux, passer un check-point sans problème avec un minimum de perte de temps, c’est déjà un bon point dans une journée !
Rémond Graf

Un vendredi de manifestations en Palestine

Le vendredi en Israël-Palestine, c’est un jour férié pour les musulmans. Les manifestations contre la construction du mur/clôture ont généralement lieu ce jour-là. Ce mur, appelé mur de sécurité par l’Etat d’Israël et mur de séparation ou de ségrégation par les Palestiniens, est construit en grande partie à l’intérieur des Territoires occupés. Conséquence : la perte de beaucoup de terres, surtout agricoles, pour le futur Etat de Palestine. Le vendredi 8 février, nous avons accompagné des Palestiniens dans ces manifestations. C’est une de nos tâches comme volontaires du Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI).

Une première manifestation à Umm Salamuna
Une première manifestation a lieu à Umm Salamuna, un village à environ 5 km au sud de Bethléem. Ces manifestations se déroulent toujours depuis un point de rassemblement vers le lieu de la construction actuelle du mur.
Nous nous retrouvons vers 10h30. Une trentaine de Palestiniens, une dizaine d’internationaux, quelques reporters et une équipe de télévision se trouvent sur les lieux. Nous faisons face à environ 25 soldats dotés de 6 véhicules. Le commandant du jour déclare tout de suite que les participants n’ont pas le droit de marcher sur la route aujourd’hui. Vendredi dernier, un autre commandant avait autorisé la même démarche. Mais voilà, à chaque semaine un autre scénario !
Pendant une heure environ, des discussions avec le commandant se déroulent sur une variante de route. Elle n’est pas acceptable soit pour le commandant, soit pour les organisateurs. Finalement, la décision est prise d’arrêter la manifestation là où nous nous trouvons, après quelques mots de protestations et quelques interventions par mégaphone. Le but de ces rassemblements n’est pas de provoquer, mais de continuer par le combat non violent de témoigner de l’opposition à cette manière de voler du terrain aux Palestiniens.

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Une seconde manifestation à Al Khadar
La deuxième manifestation de ce vendredi a lieu à Al Khadar, un endroit situé à l’ouest de Bethléem. Ici, au lieu de faire la prière et le sermon du vendredi à l’intérieur de la mosquée, les musulmans de la région ont décidé de se rassembler sur la route, à l’endroit du rassemblement de la mobilisation. A la fin de la prière, les quelque 500 participants, des vieux, des jeunes et des enfants, se dirigent vers le lieu de la manifestation. Après 300 mètres, la route est déjà barrée par des barbelés, posés là par l’armée israélienne rassemblée une trentaine de mètres plus loin. Il y a de nouveau une vingtaine de soldats armés et la police anti-émeutes. Sur les hauteurs alentour, des soldats sont postés pour mieux surveiller la manifestation.
Le même commandant qu’à Umm Salamuna annonce par mégaphone que si quelqu’un touche le fil barbelé, les soldats tireront. J’étais près des barbelés pour mieux observer le déroulement de l’action non violente. La première cinquantaine de manifestants arrive. Un des jeunes touche le barbelé…

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La réaction de l’armée israélienne est immédiate. D’abord des tirs de grenades sonores suivis de tirs lacrymogènes et, pour couronner le tout, des tirs de billes enrobées de caoutchouc. La majeure partie des manifestants se trouve à ce moment-là encore à plus de 100 mètres des barbelés et, soudain, elle reçoit sans avertissement des grenades. En métal et d’un poids à vide d’environ un demi kilo, ces grenades blessent trois enfants.

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Une grenade sonore explose près d’un monsieur âgé. Il doit recevoir des soins. Une cinquantaine de Palestiniens et d’internationaux remontent vers les barbelés et continuent à manifester de façon pacifique.

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Tout dépend du commandant !
Il y a quelques vendredis, j’ai déjà assisté à une manifestation à cet endroit avec autant de personnes. Elle s’était terminée sans heurts ! On perçoit comme c’est facile pour un commandant de détruire cette démarche pacifique avec ses moyens violents.
Avant que la manif commence réellement, un des soldats me dit qu’il aimerait bien que tout cela se termine aujourd’hui sans problèmes et sans heurts. Il souhaite pouvoir rentrer chez lui tranquillement. Sur ces entrefaites, le commandant lui rappelle qu’il ne devrait pas parler avec nous.
A regarder de près l’expression des visages des soldats, on constate que la plupart d’entre eux n’ont aucune envie de faire du mal aux Palestiniens. Ils se sentent plutôt mal dans leur peau, avec leur équipement, face à des gens accompagnés d’enfants. Mais quand ce type de commandant qui ne cherche pas le dialogue mais la séparation entre les gens par des moyens violents, est à l’oeuvre, les soldats et les manifestants sont perdants.
Après les tirs, une soixantaine de personnes se regroupent pacifiquement devant les barbelés. Ils souhaitent montrer que leur lutte continue malgré cette agression qui vient clairement du côté du commandant de l’armée israélienne.
Rémond Graf

Face à la guerre et aux incursions israéliennes

Le lundi 28 janvier, une intervention de l’armée israélienne a eu lieu au centre-ville de Bethléem. Elle a débuté dans l’après-midi et a duré 7 heures. Ces incursions sont plutôt rares. Les recherches de suspects se font normalement pendant la nuit, soit par l’armée soit par des commandos spéciaux.

Une famille entière punie à cause d’un suspect
L’intervention avait pour but de trouver un activiste islamiste, Mohammud Abdu, et de démolir sa maison. L’armée a encerclé la maison du suspect, un petit immeuble de 3 étages, où vivait une quinzaine de personnes de la même famille. Après avoir donné un délai de trois minutes pour quitter la maison, l’armée est intervenue avec des bulldozers pour détruire le bâtiment.

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Cette façon de punir une famille entière, parce qu’un de ses membres est un suspect, un terroriste ou un combattant de la liberté, c’est selon… est monnaie courante depuis des années. C’est rapporté régulièrement par la presse internationale.
A mon sens, punir une famille entière de cette façon est totalement inacceptable. A quel résultat arrive-t-on en faisant souffrir des gens de cette manière-là ? On sème de la haine qui provoquera de la révolte, et rien d’autre.
Pendant cette intervention, de jeunes Palestiniennes se sont opposées à l’armée israélienne par des jets de pierre. Une bataille de rue avec gaz lacrymogène, bombes à son, balles en métal enrobées de caoutchouc et tirs avec munitions réelles, a éclaté. Résultat : 7 jeunes ont été blessés et un de 17 ans, Qusa Al-Afandi, tué.

« C’est monnaie courante ! »
En questionnant des personnes sur leurs sentiments, j’ai reçu des réponses comme : « Ceci est tragique, mais voilà… c’est monnaie courante ! » Beaucoup de Palestiniens connaissent des jeunes qui ont été soit blessés, soit emprisonnés, ou qui sont morts dans des circonstances similaires. Cela fait partie de leur vie depuis des années déjà.
Avec nos vestes arborant le logo « Ecumenical Accompanier »

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 , nous sommes facilement identifiables et les gens savent en général pour quel but nous sommes là : la paix, comme ils disent. Ils nous encouragent à prendre des photos et nous guident.
Un homme s’est approché de moi et, avec son petit peu d’Anglais, il a essayé de m’expliquer comment les événements se sont déroulés le jour de l’intervention. Ensuite il m’a présenté à sa voisine qui, elle aussi, a été victime de cette intervention.
Cette dame, Helwa Ibrahin, est née à Bethléem. Elle habite actuellement aux Etats-Unis, mais elle est de passage ici pour quelques semaines. Elle m’a montré l’état de sa maison. La quasi-totalité des fenêtres a volé en éclats. A la cuisine, il y a un gros trou dans le mur et une partie du mobilier est cassée. Dans ces conditions, la maison est inhabitable pour le moment. Actuellement il fait très froid et c’est déjà assez compliqué de se chauffer correctement avec des fenêtres intactes !

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« Des dégâts collatéraux »
Au sous-sol vivaient un homme âgé, invalide, et une jeune famille avec trois enfants de moins de 5 ans. Leur appartement est également inutilisable. En plus, il y a des trous de balles dans les frigos. La voiture qu’ils utilisaient pour le travail est aussi totalement détruite. Cela s’appelle, comme partout dans les guerres, des dégâts collatéraux. Tous ces gens ont dû trouver un refuge chez des amis.

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C’est très dur pour nous de devoir faire face à une telle détresse. Que pouvons-nous faire ? Pleurer avec les gens ? Oui, des fois mes yeux sont humides. Les gens nous répondent tous : « Témoignez de cela dans votre pays ! Racontez à vos amis la vérité de notre vécu de Palestiniens ! »
En écrivant ces lignes, j’entends le bruit d’avions militaires. Il est une heure du matin ! Il ne s’agit probablement pas d’entraînements à cette heure-ci, mais sûrement d’un engagement dans la bande de Gaza…
Rémond Graf

Il est temps d’arrêter de faire couler du sang innocent

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Bonjour,
Samedi dernier (26 janvier), une manifestation pacifique a eu lieu pour demander la fin du blocus de la bande de Gaza. Quelques volontaires de notre programme EAPPI (Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël) ont accompagné comme observateurs et soutiens les quelque 1000 manifestants. La manifestation s’est déroulée de manière très pacifique, comme c’est normalement le cas ici en Israël. La police et les militaires sont restés très calmes. Dans les territoires occupés, c’est moins courant !
Il y a eu beaucoup d’orateurs connus, entre autres Uri Avnery, un écrivain et journaliste pacifiste israélien.
Pour ma part je retiens le message transmis par téléphone de Gaza d’une personnalité travaillant dans un service de santé. Cette personne a insisté sur le fait qu’il était temps d’arrêter de faire couler du sang innocent, tant du côté israélien que du côté palestinien.
La manifestation était terminée quand une fusée a été lancée depuis la bande de Gaza. Deux groupes, les « Fatah’s Al-Aqsa Brigades » et les « Thu Abu Ali Mustafa Brigades » ont revendiqué cette attaque.
A chacun sa manière de participer à ce conflit !

A bientôt
Rémond à Bethlehem

Bonjour

photo1_web.jpgMercredi le 16 Janvier 2008

Bonjour,

Avant hier, j’ai pris deux jours de congé pour visiter des amis israéliens. Je les connais depuis 1974, date de mon premier séjour en Israël/Palestine. A l’époque, j’avais passé 6 mois sur place avec le Service chrétien pour la paix. Ils habitent à environ 20 km de la ville Sderot. Cette ville est régulièrement prise pour cible par les tirs de roquettes artisanales lancées depuis la bande de Gaza.

Comme accompagnateurs oecuméniques, nous nous trouvons plutôt en Cisjordanie. Par ailleurs, la bande de Gaza est actuellement presque totalement fermée. Seuls des représentants de l’ONU, du CICR et de MSF peuvent y entrer.
Je me suis donc rendu avec mes amis dans la ville de Sderot. Cette ville a été fondée en 1951, près de l’endroit où se trouvait le village palestinien de Najd. En 1948, ses habitants se sont réfugiés dans la bande de Gaza et leur village a été rasé. Presque au même endroit, il y avait à cette époque un camp de transit (des tentes) pour les juifs arrivant en Israël et c’est là que se trouve aujourd’hui cette ville.
Les habitants de Sderot viennent en grande partie d’Afrique du Nord, principalement du Maroc, mais aussi du Kurdistan et de Roumanie. Depuis l’arrivée des juifs de l’ex-URSS, la population a presque doublé dans cette région. Aujourd’hui il y a environ 24 000 habitants dont 10 % ont quitté la ville depuis 2005 à cause des tirs d’obus.
En septembre 2005, Israël s’est retirée de la bande de Gaza. Depuis ce moment-là, les tirs ont recommencé. Suite à l’arrivée au pouvoir du Hamas à Gaza et après les heurts interpalestiniens de mai 2007, ces attaques se sont intensifiées. Il y a eu de nombreux blessés et 12 morts depuis 2002. La bande de Gaza se trouve à peine à 1 ou 2 km des premières maisons de la ville.
Le matin, nous nous sommes promenés dans le centre où il y a le marché. A Sderot, on trouve aussi des “abris préfabriqués” où, en cas d’alerte, il reste à chacun entre 30 à 60 secondes, le temps compris entre l’alarme et l’impact de l’obus, pour s’y réfugier. A cette heure-là, il y avait beaucoup de personnes âgées au centre-ville. Pour eux ce n’est souvent pas possible de trouver un abri en si peu de temps, même si l’abri ne se trouve qu’à 200 mètres.
A une vieille dame, j’ai demandé ce qu’elle faisait quand il y avait une alarme. « Je reste là où je suis, a-t-elle répondu. Si Dieu a décidé que c’était le moment de me prendre, alors voilà… » Un monsieur âgé explique que, un jour, en courant il est tombé et que, dans la panique, d’autres personnes lui ont marché dessus. Durant l’après midi, sur le chemin de retour vers Bethlehem, de nouveaux tirs ont fait des blessés.
Vivre cela tous les jours est très difficile pour ces gens. De plus ils se sentent abandonnés par l’Etat d’Israël. Ils veulent que cela se termine. Mais quelle est la solution? Ils disent : « Nous avons libéré la bande de Gaza et ils continuent de nous attaquer! » Ce matin-là, un volontaire équatorien qui travaillait sur les terres d’un kibboutz le long de la frontière, a été tué par de tirs venant de la bande de Gaza. En représailles, l’armée israélienne a lancé plusieurs opérations dans le même secteur tuant plus de 19 Palestiniennes (armés!?).
Voilà un petit aperçu de notre travail qui consiste, entre autres, à écouter, à accompagner les gens et à essayer de comprendre leurs peurs.

Avec mes meilleures salutations.

De Bethlehem,
Rémond

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