Des cailloux contre des balles réelles

Le 27 février, les tirs répétés de roquettes depuis la bande de Gaza ont fait un mort côté israélien. La riposte de Tsahal, l’armée israélienne, a été sans merci et hors de proportion. Avec des moyens militaires ô combien supérieurs à l’arsenal palestinien, la réplique israélienne s’est fait lourdement sentir. En une semaine plus de 120 Palestiniens, parmi lesquels 20 enfants, et 3 Israéliens ont trouvé la mort. Suite à cela, le peuple palestinien, y compris les Palestiniens qui habitent en Israël, ont lancé une grève générale. Ces manifestations se sont déroulées pacifiquement. A plusieurs endroits, l’armée israélienne est intervenue pour les disperser en recourant à la force. Le lundi 3 mars, j’ai pu observer cette situation à Bethléem.

Avec deux reporters à la manif
Mon séjour ici en tant que volontaire du Programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) est terminé. J’en ai profité encore quelques jours pour être totalement libre. Je me promène donc comme simple touriste. Ceci m’a permis de voir la situation de plus près lors de la manifestation à Bethléem. (La consigne du programme de EAPPI est de ne jamais mettre un volontaire dans une situation critique, donc de se retirer en cas d’intervention musclée de l’armée.)
J’ai donc accompagné deux reporters d’assez près, pour bien voir se qui se passait. Les lanceurs de cailloux avaient entre 10 et 22 ans. Les soldats entre 18 et 22. D’un côté les munitions, c’étaient des cailloux. De l’autre, des balles réelles, du gaz lacrymogène, des grenades sonores…

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Un « jeu » entre cailloux et balles réelles
Les véhicules des soldats israéliens restent à environ 30 ou 40 mètres de distance et peu de cailloux atteignent ces véhicules qui sont protégés contre ces tirs. Les jeunes lancent généralement en groupes et se retirent ensuite derrière les murs des maisons. Les soldats se protègent derrière les véhicules.
On a l’impression d’assister à un « jeu ». Les soldats se savent supérieurs. Ils prennent des photos avec leur appareil personnel et essaient d’inviter les jeunes à s’approcher plus près. Ils lancent des bombes lacrymogènes de temps en temps. Sans le moindre avertissement, un soldat a tiré soudain avec des munitions réelles. Il a atteint la jambe d’un lanceur. Les autres Palestiniens l’ont tout de suite évacué. Peu après, une ambulance qui n’était pas très loin, est arrivée et a évacué le blessé.

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Les jeunes palestiniens reviennent et cela continue. Soudain 4 ou 5 soldats sortent des véhicules. Ils courent en direction des lanceurs et disparaissent avec eux dans le camp de réfugiés. On entend des tirs et, 5 minutes plus tard, les soldats israéliens sont de retour dans leur véhicule. D’autres blessés côté palestinien sont évacués par une ambulance.

Des blessures qui handicapent pour la vie
Ce jour-là, il y a eu une dizaine de blessés côté palestinien. Ces blessures constitueront souvent des handicaps pour la vie. Si les blessures physiques sont en majorité côté palestinien, il y a aussi des blessures psychiques… Et cela certainement des deux côtés !
Que reste-t-il comme image ou comme souvenir dans l’esprit des participants à ce « jeu » qui peut se terminer de manière mortelle ? Que reste-il à un enfant palestinien qui a lancé des cailloux et qui a vu un soldat tirer sur lui ? Que reste-il à un soldat israélien qui a tiré sur un enfant qui lançait des pierres, et qui l’a peut-être blessé mortellement ? Tout cela s’incruste dans les mémoires… Qui ou qu’est-ce qui pourra les guérir ?
Après son service militaire de 3 ans, le soldat israélien partira certainement pour une année autour du monde, comme ils le font presque tous ! Il essaiera d’oublier par un moyen ou un autre. Y arrivera-t-il ? Le jeune palestinien partira peut-être aussi poursuivre ses études à l’étranger et restera loin de son pays. Oubliera-t-il ces moments-là ? Je suis convaincu qu’aucun n’oubliera ces années-là et j’espère pour eux qu’ils arriveront un jour à se pardonner et à se retrouver ensemble autour d’une table.

Aimer les Palestiniens autant que les Israéliens
Pour ma part, je n’oublierai certainement pas ces trois mois vécus ici en Israël/Palestine. A mon retour, je témoignera en faveur de ces deux peuples. L’évêque palestinien de nationalité israélienne, Elias Chacour, a dit lors d’une conférence il y a quelques années à Coppet : « Je vous demande d’aimer et d’aider mon peuple palestinien, mais en même temps je vous demande de ne pas oublier d’aimer mes frères et soeurs israéliens qui en ont aussi besoin. Il nous faut des gens qui créent des ponts et pas des gens qui renforcent l’un ou l’autre camp ».
Rémond Graf

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