Un passage dans le mur appelé « check-point »

Je suis de retour depuis 10 jours. J’ai envie de vous fournir encore quelques informations sur mon travail sur place. Si dans votre cercle d’amis, dans votre association, dans votre église ou ailleurs, vous aimeriez m’inviter pour recevoir plus d’informations, je suis à disposition pour animer un temps de réflexion. Et ceci avec des photos prises pendant ces trois mois. Vous pouvez prendre contact avec moi : remond.graf (at) bluewin.ch ou au 022 367 16 86.

Dans le mur/clôture entre les territoires occupés et Israël, il y a quelques portes/check-points. Ces points de contrôle où ne passent que les Palestiniens munis d’un permis des autorités israéliennes et les étrangers dotés d’un passeport, seront, dans le futur (dès que le mur/clôture sera terminé), les seuls passages possibles. Il y a des check-points différents pour les véhicules, pour les marchandises, pour les agriculteurs et pour les piétons. Pour aller travailler en Israël, visiter de la parenté, voir un médecin spécialisé, étudier à l’université à Jérusalem… les Palestiniens ont tous besoin d’un sésame : le permis israélien. Sans cela, les portes du check-point ne s’ouvrent pas.

exitgate-back-to-bethlehem_web.jpg

Plus de 35 ans, marié avec enfants
Pour obtenir un permis de travail et donc un permis de passage, la plupart des travailleurs palestiniens doivent être âgés au minimum de 35 ans. Ils doivent être mariés et avoir des enfants. Remplir ces critères, selon Israël, présente un maximum de garanties pour qu’un terroriste potentiel ne figure pas parmi ces travailleurs. Ce permis est valable trois mois. Il est utilisable entre 5h et 19h. Une exception : les personnes qui travaillent dans les hôpitaux ou les hôtels peuvent franchir le passage 24 heures sur 24. La plupart de ces travailleurs ne franchissent le check-point que pour aller travailler dans la construction.
Le check-point de Bethléem (300), que l’on appelle aussi le check-point de Gilo, est ouvert 24 heures sur 24. Notre travail consistait à être présent 3 à 4 fois par semaine entre 4h45 et 8h. C’est durant ce temps-là que la plupart des 3000 travailleurs passent. Nous avions pour tâche de voir si tout fonctionnait « normalement ». A notre arrivée vers 4h45, environ 300 travailleurs attendaient déjà. Pour certains, depuis plus d’une heure !

45 minutes pour franchir le check-point
Pendant les trois mois passés sur place, j’ai pu observer que les heures d’ouverture n’étaient jamais sûres. Une fois sur deux, elles étaient retardées jusqu’à 20 minutes, et ce sans raison apparente ou à cause de l’arrivée tardive de l’équipe de soldats qui prenait la relève. Un Palestinien doit compter 45 minutes pour passer l’ensemble du check-point. C’est donc important d’arriver parmi les premiers le matin. Une arrivée en retard au travail peut avoir des conséquences graves : on peut perdre son emploi, donc son permis, ce qui entraîne un manque d’argent pour la famille.
Prenons le cas d’un Palestinien que j’appellerai Mahmoud et qui habite le village de Beit-Omar, à 20 km au sud de Bethléem. Il quitte sa maison tous les jours, sauf le vendredi et le samedi, vers 4h45. Il arrive au check-point vers 5h30 avec un taxi collectif. Là, quelque 600 personnes font déjà la queue. 25 minutes plus tard, il arrive au premier contrôle.

queue-before-the-metaldector_web.jpg

 Il passe un tourniquet, qui s’ouvre sur l’ordre d’un soldat, une jeune femme ou un jeune homme entre 18 et 21 ans. Le soldat est assis dans une sorte de box blindé. Il s’assure que Mahmoud dispose de ce fameux permis, avant de le laisser passer plus loin. Après une centaine de mètres, notre travailleur fait de nouveau la queue devant un tourniquet pour arriver au portail de détection métallique.  

queue-id-booths_web.jpg

 Les travailleurs mettent toutes leurs affaires dans un sac en plastique. Ils enlèvent leurs souliers et posent le tout sur le tapis roulant du scanner. Ils passent à leur tour le portail de détection métallique. Si la machine n’émet aucune sonnerie, alors tout est en ordre. Mais on peut oublier quelque chose dans ses poches et la machine sonne. Alors une voix vous demande par haut-parleur de repasser le portail. La voix vient d’un soldat installé lui aussi derrière une vitre blindée. Cette voix, déformée par les haut-parleurs, est très souvent agressive, vexante et d’une tonalité vraiment dégradante. L’image de l’abattoir m’est venue à l’esprit plusieurs fois pour caractériser cette situation. De l’avis de tout le monde, les femmes soldats ont, dans ces circonstances, les pires comportements. Il faut aussi préciser qu’il y a des soldats à ces check-points qui ont un comportement tout à fait correct. Ils saluent les gens et expliquent poliment ce qu’il importe de faire. J’aimerais ici leur dire merci ! Mais malheureusement ce n’est pas la majorité des soldats !

Un système pour « chicaner » les Palestiniens
Ce terminal, comme les Israéliens l’appellent, est supervisé par des gardes armées privées. Il semble que cela coûte moins cher que l’armée… Des vigies marchent sur des « cat-walk », des chemins à trois mètres du sol. Depuis là-haut et aussi grâce à toutes les caméras vidéos parsemées dans tout le bâtiment, chaque mouvement peut être surveillé. Pour un contrôle plus approfondi, des isoloirs sont à disposition, mais Mahmoud passe sans autre un nouveau tourniquet qui s’ouvre sur commande. Voilà, il arrive à l’ultime queue pour le contrôle de ses papiers et de son identité. Après le passage de sa carte magnétique et le scannage de sa main, l’ordinateur du soldat donne le feu vert. Tout est en ordre. Il peut filer et prendre son bus en direction de Jérusalem où il arrivera vers 6h45 aujourd’hui. Hier il est arrivé une demi-heure plus tard et demain ? Rien n’est jamais assuré.
Ce check-point, avec son contrôle de sécurité « un peu » comme dans un aéroport, est-il valable pour tout le monde et de la même façon ? Non, absolument pas ! Les touristes ou les personnes dotées d’un passeport étranger et n’ayant pas la double nationalité sont traités à 95 pour-cent différemment. Si le détecteur de métal sonne, nous montrons notre passeport et nous pouvons passer sans aucun autre contrôle. Ce qui montre bien que ce n’est pas un système de sécurité. Dans un vrai système de sécurité, comme je l’ai connu à l’aéroport, tout le monde, même le capitaine d’un avion, est contrôlé ! Il ne passe qu’une fois qu’il est 100 pour-cent « propre ». Alors qu’est-ce que c’est que ce système de check-points ? Des chicanes pour certaines personnes ? Les Palestiniens ? A vous de le dire !

Des rapports transmis à l’ONU
A chaque visite du check-point, nous établissions un rapport sur les ouvertures des différentes installations, sur les problèmes rencontrés, sur les incivilités des soldats, sur les refus, sur le nombre de personnes franchissant le passage… Nous mentionnions aussi les éléments positifs ! Ces informations sont transmises chaque semaine à un bureau des Nations unies (pour plus d’infos : www.ocha.org. Ce site vous donne un excellent aperçu de la situation dans les territoires occupés), au Comité International de la Croix-Rouge, à notre bureau à Jérusalem et à Machsom-watch (www.machsomwatch.org), une organisation israélienne qui ne peut observer que côté israélien, parce que le côté palestinien lui est interdit par une loi israélienne. Cette organisation regroupe des femmes israéliennes qui luttent contre ce système de check-points. Elles sont sur place tous les jours ouvrables et aident les travailleurs lors de refus de permis en les dirigeant vers les bonnes instances. Elles interviennent aussi auprès de leurs autorités pour changer, humaniser et accélérer le passage aux check-points. Leur travail bénévole est un bel exemple de ce que font certains Israéliens qui luttent contre les abus de l’Etat. Un Etat qui sous prétexte de sécurité permet presque tout.

Rémond

PS. Dans un prochain article, je parlerai de la démolition de maisons, sous prétexte de « sécurité ».

fingerprintcontrol_web.jpg
queue-entrance-gate_web.jpg

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.