Dans les territoires occupés, sous contrôle de l’armée israélienne, il est très difficile ou disons quasi impossible aux Palestiniens d’obtenir des permis de construire pour de nouvelles maisons. A noter que les colonies israéliennes, elles, ne connaissent pas du tout ce problème…
Face au refus quasi systématique, construire malgré tout !
Les raisons invoquées pour justifier un refus sont presque toujours les mêmes. Les nouvelles constructions seraient trop proches des colonies israéliennes, d’une installation militaire, d’une route réservée aux colons ou du mur de sécurité. Une autre justification tombe aussi parfois, simple et limpide : raison de sécurité. En fait, il ne reste souvent qu’une seule option aux Palestiniens s’ils ne veulent pas se trouver sans domicile : construire sans autorisation sur leur terrain. La construction d’une maison est presque toujours une affaire de famille. Tous les proches y participent et la durée des travaux peut prendre parfois des années. Tout dépend de l’argent à disposition.
Chaque année, l’armée décrète que des maisons sont illégales et elle annonce des avis de démolition. Voici l’histoire d’une famille que j’ai pu visiter l’un des derniers jours de mon séjour à Bethléem. C’est une situation assez typique d’une démolition de maison et ce n’est pas du tout une exception.
Une destruction de maison qui n’attend pas le jugement du tribunal
Ce matin-là, nous prenons la route pour visiter la famille de Walid Ahour qui habite un village au sud de Bethléem. Depuis la démolition de sa maison par l’armée israélienne le 31 mars 2005, ce Palestinien habite avec sa famille dans la maison de son frère. Il nous accueille devant un tas de gravats qui, autrefois, constituait sa maison. Avec l’aide de notre traducteur, Marvan, il nous raconte ce qui lui est arrivé à lui et à sa famille.
Un jour, il a reçu de l’armée un avis de démolition pour sa maison. Raison invoquée : le terrain où la maison est construite, se trouve sur le tracé du futur mur de séparation. Walid prend un avocat, ce qui lui coûte 500 Dollars. Il obtient une audience auprès d’un tribunal israélien pour le 24 mars 2005. Une deuxième séance est programmée le 31 mars à 9h. L’armée israélienne n’a jamais attendu cette deuxième séance. Le 31 mars 2005 à 8h, elle arrive avec tout le matériel nécessaire pour la démolition. Ce matin-là, Abir, la femme de Walid, enceinte dans son neuvième mois, est seule à la maison. Les soldats lui expliquent qu’elle doit sortir tout le mobilier, sinon tout sera démoli avec la maison. Abir explique aux soldats qu’elle ne peut pas jouer les déménageurs vu sa grossesse. Rien à faire : un ordre, c’est un ordre. En quelques heures, la maison est démolie et la jeune famille n’a plus de foyer. Bouleversée par ce qui lui arrive, Abir perd aussi le bébé qui devait naître quelques semaines plus tard. Après trois mois sous tente, la famille de Walid emménage chez un frère et sa famille. Depuis, elle partage la cuisine et occupe une chambre de la maison de ce frère.



Reconstruire, un signe de résistance non violente !
Entre temps, la famille s’est agrandie. Il faut trouver une solution. Reconstruire la maison ? Oui, cette option est prise. C’est aussi une forme de résistance non violente ! Mais sans aide extérieure, cette famille est incapable d’assumer cette dépense, et ce d’autant qu’il y a encore les dettes de la construction de la maison détruite ! Le soutien viendra d’une ONG, le « Holy Land Trust » (www.holylandtrust.org) à Bethléem. Cette ONG organise cet été, du 1.8 au 14.8, un camp international pour la reconstruction de la maison de Walid, Abir et leurs enfants. Sur ce site, vous trouverez plus d’informations, un formulaire d’inscription ou la manière de participer financièrement à cette action. C’est une façon de montrer notre solidarité avec ces gens qui souffrent depuis des années de l’injustice de ce conflit Israël/Palestine.
Une autre famille que j’ai visitée a vu sa maison détruite deux fois. Avec l’aide de ICAHD, l’« Israeli Organization Against House Demolition » (www.icahd.org), cette famille a pu la reconstruire pour la troisième fois l’été passé. Quel courage et quelle persévérance !
Rémond Graf
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